Les vendredis de V.I.E : le chevreuil

Nous venons souvent ici même si les voitures passent vite à quelques dizaines de mètres de nos fiers poitrails.

Généralement, ils ne nous voient pas et de toute façon, cela m'indiffère.

Je dis “nous” car nous sommes un couple mais mon compagnon est un peu sauvage, il préfère rester à l’abri des arbres, il veille sur moi et regarde au loin.

Moi, je me délecte des jeunes pousses à l’orée de la forêt et je n’ai cure des regards qui pourraient se poser sur moi. Je cours, libre et joyeuse dans la clairière, je regarde le ciel immense et j’hume l’air du soir. Comme c’est beau de vivre !

En ce moment, tout les soirs, nous venons, je sors un sabot, puis deux, puis quatre ; je regarde attentivement ce qu’il y a autour car je garde le souvenir terrible de cette époque où nous étions traqués par les hommes et leur bâton de feu ; combien de sœurs m’ont-ils enlevés ?

Cette époque est lointaine à présent, comme le froid, la grisaille et la nourriture trop rare. Nous vivons notre été dans l'insouciance d’une jeunesse à brûler, je ne suis pas devenue mère, je suis encore jeune, j’ai le droit à la désinvolture.

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