Les vendredis de V.I.E : Renarde

Cette époque de l'année est le summum de l'ambivalence et je ne sais plus très bien ce que je suis...

Tout se bouscule dans un rythme qui me dépasse et pourtant, je suis là, telle que vous me voyez, en train de chasser, enfin en paix et débarrassée de la peur des humains.

Ma seule certitude est que je suis mère, comment l'oublier ? J'entends derrière moi, bien à l'abri dans les broussailles, mes petits qui commencent à sortir du terrier, dans des glapissements sonores.

Évidemment, ils n'ont pas conscience de mon épuisement. Chaque jour, je maigris un peu plus et si cela devait durer encore longtemps, je finirais probablement par disparaître. Ils tètent et me mangent toutes mes chasses mais c'est ce don est une évidence, quoi qu'il en coûte.

J'accomplis ma tâche et je n'en tire aucune fierté, j'occupe juste ma place, avec une dignité et une générosité rare, je prépare l'avenir de mon espèce, je suis la vie qui glapit, du fin fond des terriers jusqu'au firmament.

Ma rude besogne touche bientôt à son terme, dans quelques semaines, ils m'accompagneront tous à la chasse. Je devrais leur montrer pendant quelque temps, mais très vite leur instinct les guidera et je pourrais enfin me reposer.

Si je suis trop affaiblie, mes filles m'aideront, nous tenterons de rester en clan aussi longtemps que possible.

Mes fils eux, partiront au loin, conditionné par la survie de l'espèce, l'horizon les appelle et ainsi, notre patrimoine génétique se renforce, de génération en génération ; ainsi, les fils de mes filles de mes fils seront plus robustes, plus adaptables, plus résilients.

Je suis la renarde, la matriarche, la vie qui s'offre.